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L'esprit

Baby blues ou dépression post-partum : faire la différence

Quand les larmes ne passent pas

Par Laetitia 6 min de lecture

Il y a des larmes que l'on n'attendait pas. Elles arrivent au troisième jour, devant un plateau-repas ou une chanson à la radio, alors que tout va bien. On aime cet enfant. Et pourtant, on pleure.

Le plus souvent, c'est le baby blues, et il passe. Parfois, la tristesse s'installe, s'alourdit, ne lâche plus. Savoir faire la différence permet de demander de l'aide au bon moment. Ce n'est pas un aveu de faiblesse. C'est un soin.

À retenir

  • Le baby blues est très fréquent : il survient en général entre le 3e et le 10e jour et passe en quelques jours à deux semaines.
  • La dépression post-partum peut apparaître à tout moment de la première année, dure, et se soigne.
  • Au-delà de deux semaines de tristesse ou d'anxiété, on en parle à sa sage-femme ou à son médecin.
  • Idées noires : le 3114, 24 h/24. Urgence : le 15.

Baby blues ou dépression post-partum : deux réalités différentes

On confond souvent les deux, parce qu'ils commencent de la même façon : des larmes, de la fatigue, une humeur qui vacille. Mais entre le baby blues et la dépression post-partum, la différence tient au moment, à la durée et à l'intensité.

Le baby blues est une réaction passagère, liée en grande partie à la chute brutale des hormones après la naissance, à l'épuisement et au bouleversement des premiers jours. La dépression post-partum est une maladie. Elle ne dit rien de votre amour pour votre enfant, ni de votre capacité à être mère. Elle se soigne.

Le baby blues : fréquent et passager

Le baby blues touche une grande partie des femmes qui viennent d'accoucher. Il survient en général entre le troisième et le dixième jour.

On pleure facilement. On se sent fragile, irritable, débordée par des choses minuscules. L'humeur change d'une heure à l'autre. On peut rire et pleurer dans la même matinée.

Il passe de lui-même, en quelques jours à deux semaines environ. Ce qui aide : dormir dès que possible, manger, être entourée, pouvoir dire ce que l'on ressent sans être jugée. Et savoir que c'est attendu. Pour ce qui relève de l'épuisement, notre article sur la fatigue post-partum donne des pistes concrètes.

La dépression post-partum : quand cela dure

La dépression post-partum touche une part plus restreinte des femmes, mais elle n'est pas rare. Elle peut commencer dans les premières semaines, prolonger un baby blues qui ne passe pas, ou apparaître plus tard, à tout moment de la première année.

Ses signes ressemblent à ceux d'une dépression à un autre moment de la vie :

  • une tristesse ou un vide qui dure plus de deux semaines ;
  • une perte d'intérêt pour ce qui comptait avant ;
  • une fatigue qui ne cède pas, même quand on peut dormir ;
  • des troubles du sommeil ou de l'appétit ;
  • un sentiment de culpabilité, d'incompétence, de ne pas être à la hauteur ;
  • une difficulté à ressentir du lien avec l'enfant ;
  • un repli sur soi, l'envie de ne voir personne ;
  • des idées noires.

Elle peut toucher toutes les femmes, quel que soit le déroulement de la grossesse ou de l'accouchement, au premier comme au troisième enfant. Elle peut aussi toucher le second parent.

Tout ce qui pèse n'est pas une dépression. Le sentiment de ne pas se reconnaître après l'accouchement, dans son corps ou dans sa vie, est fréquent et mérite aussi d'être entendu.

Le tableau pour faire la différence

Baby blues Dépression post-partum
Moment Entre le 3e et le 10e jour environ À tout moment de la première année
Durée Quelques jours à deux semaines Plus de deux semaines, souvent plusieurs mois sans aide
Intensité Émotions qui vont et viennent, moments de joie préservés Tristesse, vide ou anxiété présents la plupart du temps
Vie quotidienne Gênée, mais possible De plus en plus difficile
Que faire Repos, entourage, en parler Consulter : sage-femme, médecin, psychologue

L'anxiété post-partum

Certaines femmes ne sont pas tristes. Elles sont inquiètes, tout le temps. Peur qu'il arrive quelque chose à l'enfant, pensées qui tournent en boucle, impossibilité de se détendre même quand il dort, cœur qui s'emballe, sommeil impossible.

L'anxiété post-partum est moins connue que la dépression, mais elle est fréquente et peut l'accompagner. Elle se soigne aussi. Si l'inquiétude prend toute la place, parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin.

La psychose puerpérale : rare, et urgente

La psychose puerpérale est rare. Elle survient en général dans les premières semaines après la naissance, souvent de façon brutale. Confusion, idées étranges, perte de contact avec la réalité, agitation, propos incohérents, hallucinations.

C'est une urgence médicale. Souvent, c'est l'entourage qui la repère, car la personne concernée ne s'en rend pas compte. Il faut appeler le 15 ou se rendre aux urgences sans attendre. Prise en charge rapidement, elle se soigne.

L'entretien postnatal précoce

En France, un entretien postnatal précoce est proposé à toutes les femmes après la naissance, en général entre la quatrième et la huitième semaine. Il est réalisé par une sage-femme ou un médecin. C'est un temps pour parler de la façon dont vous vivez ces semaines : l'humeur, le sommeil, le lien avec l'enfant, le soutien autour de vous.

Un deuxième entretien peut être proposé ensuite, en particulier si des difficultés apparaissent. C'est le bon moment pour dire ce qui pèse. Sans crainte d'être jugée.

Les signes qui doivent faire consulter, et qui appeler

Parlez-en sans attendre si :

  • la tristesse, le vide ou l'anxiété durent plus de deux semaines ;
  • vous n'arrivez plus à dormir, même quand l'enfant dort ;
  • vous ne vous sentez plus capable d'assurer le quotidien ;
  • vous avez peur de vos propres pensées.

Plusieurs portes existent :

  • votre sage-femme ou votre médecin traitant, le premier interlocuteur ;
  • la PMI de votre secteur, avec des sages-femmes et des puéricultrices ;
  • un psychologue ou un psychiatre périnatal, sur orientation ou directement ;
  • l'association Maman Blues, qui accompagne les femmes en difficulté maternelle et leur entourage.

En cas d'idées noires ou d'idées de suicide, appelez le 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 h/24. En cas d'urgence, ou si vous craignez de vous faire du mal ou de faire du mal à votre enfant, appelez le 15.

Questions fréquentes

Combien de temps dure le baby blues ?

Le plus souvent, de quelques jours à deux semaines environ. Il commence en général entre le troisième et le dixième jour après la naissance. S'il dure au-delà de deux semaines ou s'intensifie, il faut en parler à sa sage-femme ou à son médecin.

Comment savoir si l'on fait une dépression post-partum ?

Une tristesse, un vide ou une anxiété qui durent plus de deux semaines, qui occupent la plupart des journées et rendent le quotidien difficile doivent alerter. Seul un professionnel peut poser le diagnostic. En parler est la première étape.

La dépression post-partum peut-elle arriver plusieurs mois après l'accouchement ?

Oui. Elle peut apparaître à tout moment de la première année, parfois au moment du sevrage, de la reprise du travail ou d'une fatigue qui s'accumule. Elle ne commence pas toujours dans les premières semaines.

Peut-on faire une dépression post-partum en aimant son enfant ?

Oui. La dépression post-partum n'a rien à voir avec l'amour que l'on porte à son enfant. On peut l'aimer profondément et avoir besoin d'aide. Les deux coexistent très souvent.

Le père ou le second parent peut-il faire une dépression post-partum ?

Oui, le second parent peut aussi traverser une dépression après une naissance. Les signes sont proches : tristesse, irritabilité, repli, fatigue. Le médecin traitant est un bon premier interlocuteur.

Demander, déjà

Il n'y a pas de bonne façon de vivre ces semaines. Il y a des jours lumineux et des jours lourds, et parfois des jours qui ne se lèvent pas. Ce n'est pas un échec. C'est un signal.

Demander de l'aide ne retire rien à ce que vous êtes. Cela vous rend un peu de place.

Pour comprendre ce que traversent aussi le corps et le sommeil pendant ces semaines, lisez le post-partum semaine par semaine.

Sources

  • Haute Autorité de santé, Repérage et prise en charge de la dépression post-partum
  • Santé publique France, Enquête nationale périnatale 2021, volet santé mentale à deux mois post-partum
  • Ministère de la Santé, entretien postnatal précoce obligatoire (loi de financement de la Sécurité sociale 2022)